M ouvre sa rétrospective Guy de Cointet

M ouvre sa rétrospective Guy de Cointet

Défiez la jungle du langage

Jeudi 17 septembre 2015 — C’est un automne rempli d’art contemporain qui commence ce 17 septembre par l’ouverture de l’exposition Guy de Cointet (né en 1934 à Parijs et mort en 1983 à Los Angeles). M - Museum Leuven présente, pour la première fois en Belgique, une sélection de son oeuvre plastique de 1965 à 1982. L’exposition montre une sélection de dessins, sculptures, carnets d’esquisses, éléments de décors et documents divers. Cette rétrospective court jusqu’au10 janvier 2016.

Guy de Cointet

 Cest un Français bien élevé qui affronte lextrême sauvagerie du langage en imaginant des pièces, des opéras, des livres et des dessins qui  transforment nos conceptions linguistiques les plus précieuses en soupe aux pâtes alphabet.

Le Français Guy de Cointet émigra aux Etats-Unis en 1965. Il y découvrit le pop art d’Andy Warhol ainsi que le minimalisme, dont l’influence est visible dans ses oeuvres. A la fin des années 1960, il s’établit à Los Angeles où il devient l’assistant de l’artiste Larry Bell. Dans ses oeuvres, il explore la façon dont le langage est utilisé dans la publicité, les conversations, la littérature, les feuilletons télévisés ou la radio. Il est donc possible de lire son oeuvre comme une espèce de code d’où découlent d’innombrables variations. Il ramène la langue à des puzzles et des codes visuels, où le déchiffrage est plus important que la découverte de la clé. C’est ainsi qu’il nous met face à l’impossibilité d’un interprétation univoque.

La Pierre de Rosette de Guy de Cointet

ACRCIT est l’une des toutes premières oeuvres de Guy de Cointet. A l époque, ce journal, tiré à de très nombreux exemplaires, était distribué gratuitement dans le rues de Los Angeles. De Cointet  l’appela sa « Pierre de Rosette ». Ce journal donne une vue d’ensemble des différents systèmes qui sont à la base des livres et dessins de l’artiste, tels que les mots croisés, l’écriture en miroir, les séries de  chiffres, l’alphabet Morse, l’écriture braille et les motifs décoratifs. Un numéro du journal a spécialement été réimprimé à l’occasion de cette rétrospective et peut être gratuitement emporté par les visiteurs.

Puzzles et codes visuels

De 1970 à 1983, Guy de Cointet exécuta plus de 200 dessins, à la limite du jeu et de la logique. Dans ses premiers dessins, de Cointet  jouait avec les chiffres arabes, l’alphabet latin et l’écriture en miroir.  C’est ainsi que vous verrez au M un grand dessin datant de 1971. Cette oeuvre utilisant l’écriture en miroir paraît être une page copiée d’un journal. Ce qu’on y lit sont des fragments tirés d’un manuel de santé populaire, d’un roman d’aventures et d’un texte scientifique. Ce recueil de sources tirées de la culture populaire, la littérature et la vie quotidienne parcourt son oeuvre tel un fil rouge. Outre l’écriture en miroir, on trouve différents dessins montrant des additions, soustractions et multiplications remarquables. Ce qui paraît être à première vue des formules mathématiques compliquées n’est en fait rien d’autre que des résultats visuellement surprenants. Dans un de ses premiers dessins, on peut voir la version que donna de Cointet de la signature de Mahomet: deux croissants de lune imbriqués semblent n’être rien d’autre qu’un exercice d’écriture sur papier. C’est ce qu’on l’on prétend être la signature de Mahomet. Une autre version du dessin rend l’énigme plus mystérieuse encore. On peut y lire en écriture spéculaire: « J’ose affirmer que Mahomet traça d’un seul trait, de la pointe de son cimeterre, sa signature composée de deux croissants adossés. » A partir des années 1970, l’artiste donne des titres parlants à ses dessins. Il s’agit de citations d’écrivains tels que Edgar Allan Poe, Jorge Luis Borges, de références à des lieux exotiques, etc. Les titres sont des clés permettant de démêler l’écheveau des oeuvres, mais n’en donnent jamais l’explication. Prenons pour exemple le dessin In Tacuar everyone knew him as an English man from Oaxaca (1971-1976), où il décompose l’alphabet classique en petits traits. Les dessins de la période 1978-1982 ne renvoient plus à une langue connue, mais sont un un jeu graphique. A partir de 1982, plus aucune trame ou code sous-jacent ne peut être détecté.

Performances

A partir des années 1970, Guy de Cointet monta 23 performances, où l’on retrouve sa prédilection pour les feuilletons et la télévision. Ses décors, comme Ethiopia (1978), se composent d’objets  épurés aux couleurs vives. Un cône, une sphère ou une maison sont des personnages actifs dotés de sentiments et de pensées. Des acteurs distingués aux allures hollywoodiennes déclament ses textes avec une élégante emphase. C’est ainsi que dans Tell Me (1979), on voit, dans un décor de 65 objets colorés, trois femmes qui attendent une quatrième personne. Ce qu’on entend, ce sont des dialogues absurdes, des ramassis d’expression, slogans publicitaires, conversations entendues dans la rue, etc. Cette langue fragmentée permet à l’artiste de jouer avec les sons et les rythmes du langage.

Informations pratiques

Guy de Cointet au M-Museum Leuven du 17.09.2015 au 10.01.2016

Dans le cadre du Playground festival, le musée M organisera deux performances scéniques que Guy de Cointet signa dans les années 1970.

Commissaire dexposition: Eva Wittocx

En collaboration avec Estate of Guy de Cointet / Air de Paris. 

L’exposition est liée au projet Alfred Jarry Archipelago, en collaboration avec La Ferme du Buisson (Noisiel), Le Quartier (Quimper) et le Museo Marino Marini (Florence).

 

 

Tell Me 1979/1980. Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
Tell Me (poster), 1979/1980 | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
ACRCIT, 1971 | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Sans Titre (Signature de Mahomet), ca 1971 | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Ethiopia, 1976 | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Ethiopia (poster), 1976 | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
The Poetics of Rêverie | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
Vue de l'exposition Guy de Cointet au M-Museum Leuven (c) Isabelle Arthuis
Sans titre, 1965 | Courtesy Centre Pompidou, Paris<br/>Musée national d’art moderne / Centre de création<br/>industrielle , foto (c) Isabelle Arthuis

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