Lieve Blancquaert photographie les meurtrissures de l’âme

Lieve Blancquaert photographie les meurtrissures de l’âme

Jeudi 9 juin 2016 — « Quel regard portez-vous sur notre collection d’art ancien? » C’est la question posée par M, voici un an et demi, à Lieve Blancquaert. Lors de ses visites au musée, la photographe s’est rendu compte à quel point la souffrance de l’homme, le chagrin et l’amour étaient présents dans l’œuvre des maîtres anciens. Comme dans son propre travail, aujourd’hui. Cette idée est devenue le fil rouge de l’exposition 'Ecce Homo | Voici l’homme'.  Lieve Blancquaert apporte sa version d’une tradition artistique séculaire, et s’introduit avec ses photos dans la collection M. 

Réfugiés emmitouflés dans des couvertures, T-shirt découpé plein de sang, vidéo d’une mère syrienne qui a perdu son fils ou portraits de victimes de blessures physiques.  Ce ne sont que quelques-unes des séries récemment créées par Lieve Blancquaert (°1963, Gand) pour le musée M. Chaque fois, elle a été touchée par l’histoire des gens. Pour elle, sans histoires, il n’y a pas de belles images. Il ne faut donc pas s’attendre à trouver au musée M un reportage photo journalistique ou médical. La sérénité et la monumentalité sont au cœur de ses images.

La collection M, source d’inspiration

Les statues en bois du Moyen-Âge, le tableau ‘Les sept Sacrements’ de Roger de la Pasture ou encore un paysage de Permeke ont inspiré ses nouvelles œuvres à Lieve Blancquaert. Loin d’elle l’idée de vouloir égaler les maîtres anciens. Par contre, elle veut inviter le visiteur à porter un regard nouveau sur l’art ancien. Prenons par exemple la descente de croix, avec Marie serrant dans ses bras le Christ mort. Ces scènes de Pietà existent encore de nos jours. Dans sa vidéo, Lieve montre une femme syrienne qui, en arabe, parle du fils qu’elle a perdu. Autour d’elle, les statues en bois de la collection semblent être les témoins silencieux de son récit. Plus loin, il y a le couloir avec les portraits d’enfants du 19e siècle. « Très dans le style ’Martine’. Des enfants presque parfaits, aux joues bien roses. Et au milieu de tout cela, j’ai mis le portrait d’une jeune pensionnaire d’un centre psychiatrique. Les belles apparences cachent parfois un insondable chagrin. »

Une crèche contemporaine

Pour cette exposition, Lieve Blancquaert a réalisé plusieurs séries de photos de réfugiés. Dans une des salles, elle montre comment les réfugiés, au cours de leur fuite, sont réduits à l’état de loques. La théâtralité et le mouvement que le textile, les tissus et les tapis donnent aux tableaux présents dans cette salle l’ont inspirée pour son triptyque. « En accrochant mon travail à côté du tableau ‘Les sept Sacrements’ de Roger de la Pasture, je quitte assez bien ma zone de confort. Pour ce triptyque, j’ai photographié une sorte de crèche dans un camp pour réfugiés à Dunkerque. C’est une famille de réfugiés irakiens. Le père, la mère et leur jeune fils sont emmitouflés dans des couvertures parce qu’il gelait à pierre fendre.  Plus loin dans l’exposition, Lieve associe le paysage flamand de Permeke et un torse en bois du Christ au paysage dans lequel débarquent les réfugiés. Elle présente ainsi une série de photos d’hommes emballés dans une petite couverture dorée. La dernière salle, quant à elle, est dédiée aux réfugiés mineurs d’âge non accompagnés. « Je montre des photos d’enfants endormis, d’où émane une sorte de sécurité et de calme. C’est très paisible. On entend également des enfants chanter. Des berceuses en néerlandais, mais avec un accent très prononcé. Vulnérabilité et émotion sont au rendez-vous, de même que l’espoir. »

Des haillons-reliques

En face d’un panneau en bois rouge profond sur lequel est représenté le suaire du Christ, Lieve a accroché des photos de vêtements découpés. Pendant toute une semaine, elle a travaillé aux urgences de l’UZ Gent. L’expérience fut très intense: « Nous étions d’accord: on ne verrait personne sur les photos. J’ai photographié les vêtements qu’on découpe en vitesse sur les victimes pour pouvoir les soigner rapidement. Les contacts avec les familles des victimes furent poignants. On débarque dans leur vie au pire moment qu’on puisse imaginer. Et là, il faut trouver les bons mots. Ils ont presque tous accepté. C’est édifiant de constater l’importance que les familles et les proches accordent aux vêtements de ceux qu’ils aiment. Ils cherchent du réconfort dans un simple T-shirt, qui devient soudain une sorte de relique. »

Mosaïque

Dans Ecce Homo | Voici l’homme, il y a une interaction entre le travail de Lieve Blancquaert et les pièces de la collection. Le tout forme une mosaïque qui présente l’humain comme un être dont l’existence est signée et bornée par le destin et par la vie. L’exposition se déroule du 10 juin 2016 au 17 janvier 2017 au Musée M de Louvain.

Informations pratiques

Lieve Blancquaert. Ecce Homo | Voici l’homme. 

10.06.16 >< 17.01.17

Commissaires: Peter Carpreau, Marjan Debaene

Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Ecce Homo (c) Lieve Blancquaert
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Lieve Blancquaert
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Lieve Blancquaert
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Lieve Blancquaert
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
Exposition Lieve Blancquaert | Ecce Homo. Voici l'homme au musée M à Louvain (c) Dirk Pauwels
(c) Marco Mertens
(c) Marco Mertens

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