La collection M fait peau neuve

La collection M fait peau neuve

« Histoires de regards »

Mardi 17 janvier 2017 — Cela fait plus de 7 ans que le musée M de Louvain a été inauguré. L’heure est au changement. La collection permanente va surtout devenir moins permanente. L’objectif ? Être un musée adossé à ses fondements et résolument entré dans le 21e siècle. Un musée qui a de l’audace. Un musée ou l’ancien et le nouveau vivent en harmonie. Un musée qui attire des visiteurs de tous les styles, et qui reviennent régulièrement.  Un musée où il est à la fois intéressant et agréable de venir flâner. 

« Ces dernières années, le Musée M s’est attelé à se faire une place dans le paysage muséal belge, aux côtés des musées d’Anvers, Bruxelles, Bruges et Gand. Après avoir organisé plus de 100 expositions et accueilli 1.115.000 visiteurs, le musée M fermera ses portes ce 18 janvier 2017 pour environ cinq mois. Pas pour rénover, mais pour se renouveler », précise Denise Vandevoort, présidente du Musée M de Louvain. Entre-temps, le musée n’a plus aucun secret pour l’équipe qui y travaille. Le superbe projet de Stéphane Beel est à la hauteur de ses  promesses. « Un nouveau passage, quelques modifications à la signalisation, rendre l’entrée un peu plus chaleureuse. Le bâtiment même n’a pas besoin de plus, mais cela contribuera à améliorer l’efficacité et l’ambiance générale. »

Pour l’architecte, c’est à l’intérieur des murs que le changement doit s’opérer Pour donner un nouveau visage à la collection permanente. « Les visiteurs réguliers du M connaissent à présent bien la collection permanente. Nous avons constaté que de plus en plus souvent, ils passaient devant sans plus la regarder. C’est dommage, parce que nous voulons mettre en avant la richesse de la collection M. C’est pourquoi nous allons désormais miser sur davantage d’alternance dans les aménagements. À partir du 11 juin 2017, la collection permanente fera l’objet d’expositions limitées dans le temps, de 1, 2 ou parfois 4 ans. Par ailleurs, il y a également les expositions permanentes d’art ancien et contemporain, comme Aurélien Froment ou Edgard Tytgat. »

Éveiller le regard

Un musée sollicite le regard. Et la muséographie manipule la manière de regarder. « Accrochez deux œuvres côte à côte et elles s’influenceront mutuellement. C’est l’essence de ce que fait un commissaire », estime Peter Carpreau. Dans une société dominée par l’image, le musée M veut inciter le visiteur à regarder : de manière critique, en profondeur, autrement. « Pour nous, c’est là que réside le rôle social d’un musée au 21e siècle. » Comment regardez-vous, par exemple ? Le savez-vous ? Quel est le premier élément qui attire votre regard dans un tableau ou une statue ? Peter Carpreau : « Les études oculométriques révèlent que chacun a sa propre manière de regarder. Dans notre future muséographie, nous en tiendrons compte. Nous voulons créer un lieu où le visiteur pourra le vérifier et le comparer avec le profil de son voisin. C’est un des moyens que nous avons imaginés pour faire entrer les histoires des visiteurs dans le musée M. »

Évolution et expérimentation

Cela fait maintenant plus de 7 ans que le M a ouvert ses portes, et on sent qu’il est arrivé à un moment charnière d’une histoire qui a débuté au 18e siècle dans l’ancien cabinet des curiosités de Louvain. En 1917, il y a tout juste 100 ans, la famille Vander Kelen-Mertens a offert à la ville de Louvain la maison où se trouve aujourd’hui le musée, avec l’intention explicite qu’un musée y soit créé. En 2009, le nouveau musée M ouvre ses portes dans une architecture flambant neuve signée Stéphane Beel, intégrant parfaitement l’ancienne maison familiale dans un ensemble contemporain épuré. 

Aujourd’hui, le musée est en passe d’être actualisé. La collection mérite davantage d’attention. C’est tout l’univers muséal qui vit au rythme de nouvelles impulsions. Le visiteur veut de la nouveauté et de la diversité. Relever les défis et multiplier les expériences est inscrit dans l’ADN du musée M. « Nous osons faire le pas », déclare Isabel Lowyck, chef du service Relations publiques du M.

Pas des objets. Des histoires !

« L’époque du musée classique avec son aménagement permanent traditionnel est aujourd’hui révolue. Si nous nous y cramponnons, dans 15 ans, nous aurons disparu. J’en suis fermement convaincu », explique Peter Carpreau. S’ajoute à cela le fait que les gigantesques réserves du musée recèlent d’innombrables œuvres d’art jamais exposées au regard du visiteur. C’est regrettable, estime le musée M. La collection du musée compte plus de 52.000 pièces. À partir de l’été 2017, le musée a l’intention d’en montrer davantage et de les changer régulièrement. « Nos perles cachées doivent pouvoir briller, déclare Isabel Lowyck. Dans cette histoire, l’art reste bien entendu la priorité, mais nous déplaçons l’accent de l’objet en soi vers le sens qu’il peut avoir pour le visiteur qui le regarde. C’est ainsi que le musée peut devenir un lieu de collecte d’histoires. »

Désormais, le musée n’est plus une simple enfilade de salles. À chaque nouvelle salle ou exposition, le visiteur pénètre dans un nouveau chapitre. Et le livre peut être complété et réécrit. Chaque visiteur y découvrira des chefs-d’œuvre, des lignes narratives et des couches différentes, d’après ses propres intérêts et son propre regard. Eva Wittocx, coordinatrice générale du Musée M de Louvain : « Notre collection se prête à merveille à ce type de changement, précisément en raison de sa grande diversité. Nous possédons une importante collection de statues médiévales et de tableaux de grands maîtres, mais notre collection contient également de l’art appliqué, comme des boulets de canon, des poêles de Louvain, des vases en porcelaine et des couverts. Ajoutons à cela les œuvres contemporaines, et on se rend compte que le M offre une perspective allant du Moyen-Âge à nos jours. C’est cette richesse qui nous permet de combiner art ancien et art contemporain.

Vieilles histoires, regards neufs

Comme exemple de cette nouvelle approche, citons l’exposition Ecce homo. Pour cela, le musée avait donné carte blanche à la photographe Lieve Blancquaert pour qu’elle jette un nouveau regard sur la collection permanente du musée à travers ses interprétations, ses perspectives et ses idées. Elle avait installé ses photos de manière centrale pour que ses œuvres communiquent avec l’art ancien. Les nouvelles histoires qui entraient ainsi dans les salles ont fait naître chez les visiteurs des histoires, des questionnements et des regards neufs. À l’avenir, le musée s’engagera encore davantage dans cette voie. « Désormais, le musée M s’interrogera non seulement sur ce qu’il veut montrer, mais aussi sur la manière de le faire », explique Isabel Lowyck.  Pourquoi, par exemple, s’en tenir obstinément à la division entre art ancien et contemporain ? Accrochez côte à côte une œuvre ancienne et une œuvre contemporaine, et elles entrent dans un passionnant dialogue. Nous jouerons à l’avenir avec cet élément à différents endroits du musée.

Et le musée du futur est-il encore imaginable sans technologie ? « Pas un instant, estime Peter Carpreau. Ce qui ne signifie pas pour autant que nous allons transformer le musée M en parc d’attraction high-tech. Mais ici, à Louvain, nous disposons d’une véritable mine de partenariats potentiels qu’il serait regrettable de ne pas exploiter. Par ailleurs, nous voulons encore davantage miser sur le numérique et voir comment procéder à un échange d’expertise avec nos partenaires. »

Tous ces changements ne risquent-ils pas d’effrayer les visiteurs traditionnels du musée ? « Non, assure Peter Carpreau. Nous y veillerons. Les chefs-d’œuvre de la collection continueront évidemment à être mis en valeur. On n’imagine pas un musée M sans Constantin Meunier ou Jan Borman, par exemple. Le cadran de calendrier gardera, lui aussi, une place de choix dans le nouvel aménagement. Et bien entendu, nous n’allons pas reléguer au grenier nos chefs d’œuvre tels que La dernière Cène de Dirk Bouts et La Sainte Famille de Theodor Van Loon. Par contre, nous allons leur donner un environnement et un habillage différents. »

Pas d’histoires sans dialogue

C’est évident, le visiteur jouera un rôle central dans le nouveau chapitre du M. En effet, il n’y a pas d’histoires sans dialogue. L’équipe du musée s’est mise à l’écoute du visiteur pour connaître ses envies. Et qu’a-t-elle constaté ? Qu’au-delà d’un endroit où il peut voir, apprendre et ressentir des choses, le visiteur veut que le musée soit un lieu de rassemblement. C’est notamment pour cela que le musée crée différents espaces où le visiteur peut laisser une trace de son passage ou tout simplement s’arrêter quelques instants pour observer plus attentivement une œuvre, se reposer un moment ou rencontrer d’autres visiteurs. « Nos accompagnateurs présents dans les salles ont de ce fait un rôle plus actif à jouer envers le public. Les visiteurs qui en ont envie peuvent toujours s’adresser à eux pour  des explications supplémentaires. Matière à réflexion, en quelque sorte, conclut Isabel Lowyck. Une visite au musée est donc plus qu’un simple instantané. Elle devient un voyage qui commence avant la visite, se poursuit à travers les salles selon un parcours de récits que chacun aura choisi, et se termine longtemps après que le retour chez soi, lorsque le visiteur repense à la manière dont il a vécu son expérience au M. »

Infos pratiques

M sera fermé du 18 janvier 2017 au 10 juin 2017. L'ouverture sera le 11 juin 2017.

Photo (c) Yves Schepers
Peinture de La Sainte Famille de Theodor Van Loon (1581/1582-1649) avec conservateur Peter Carpreau
Peter Carpreau (Conservateur M-Museum Leuven) & Isabel Lowyck (Directrice du département de Médiation culturelle)<br/>Photo (c) Annelies Evens
Photo (c) M-Museum Leuven
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Photo (c) Yves Schepers

Contactez-nous

Denise Vandevoort

Échevine de la culture de la Ville de Louvain et présidente du Musée M de Louvain

M - Museum Leuven